F36.3 – Jésus devant Pilate / Bible Nouveau-Testament

Mt 27,11-26

11 On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi-même qui le dis. »

12 Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien.

13 Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »

14 Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné.

15 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.

16 Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.

17 Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? »

18 Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus.

19 Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »

20 Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.

21 Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »

22 Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » Ils répondirent tous : « Qu’il soit crucifié ! »

23 Pilate demanda : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! »

24 Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! »

25 Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »

26 Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.

Vocabulaire :
le roi des Juifs : Tout au long de l’évangile de Matthieu se déploie l’opposition entre Hérode, roi des juifs, car il es le représentant de l’empereur dans cette région, et Jésus, le fils de Dieu , roi universel.
Jésus-Christ est présenté comme Roi dès sa naissance, annoncé par les mages comme le sauveur attendu, mais son règne est unique et spirituel. Il refuse un titre politique, affirmant que sa royauté « n’est pas de ce monde », et porte symboliquement une couronne d’épines lors de sa Passion. Prophétisé par Zacharie comme un roi humble et doux, il se distingue des rois terrestres : né dans une mangeoire, il règne par le service, la justice et la miséricorde. Son Royaume s’étend à travers ses actions de guérison et d’enseignement. Fêter le Christ-Roi, c’est accueillir son règne dans nos vies, développer nos talents pour son Royaume et vivre selon son exemple d’humilité. Le baptême nous consacre « rois » à sa manière, appelés à gouverner avec charité et renoncer à toute vaine gloire pour laisser Dieu transformer nos cœurs. Ainsi, nous espérons que son règne vienne et s’accomplisse.  Voir

Hérode le Grand, roi de Judée à l’époque de la naissance de Jésus, a obtenu son pouvoir par corruption et violence, consolidant son règne par la terreur. Fils d’un Iduméen, il était considéré comme demi-Juif, suscitant des révoltes qu’il réprimait brutalement, n’hésitant pas à assassiner sa famille proche et de nombreux sujets. Connu pour ses grands travaux, il a reconstruit le Temple de Jérusalem, mais ses monuments, souvent dédiés au culte impérial, ont alourdi le fardeau fiscal du peuple. L’évangile de Matthieu dépeint un contraste frappant entre Hérode, puissant mais cruel et vulnérable face à Dieu, et Jésus, un enfant faible mais porteur de la véritable royauté. Les mages ignorent Hérode pour honorer Jésus, révélant que le véritable roi n’est pas sur le trône. Hérode meurt alors que l’enfant qu’il voulait tuer survit, soulignant l’autorité divine sur le pouvoir terrestre. Voir
accuser : Ce n’est pas d’abord Hérode qui accuse Jésus mais bien les grands prêtres et les anciens, c’est-à-dire les juifs, qui se servent des romains pour tuer Jésus.
les témoignages portés contre toi: dans un procès il faut toujours des témoins, ici ce sont les juifs.
relâcher un prisonnier : Pilate avait coutume de relâcher aux Juifs un prisonnier à chaque fête. Il leur offre le choix entre Jésus et Barabbas, un brigand fameux. Ainsi Pilate devient un lâche qui ne se base sur la vérité des faits mais sur le désir de la foule.
le Christ : Pilate donne ce nom à Jésus du grec ancien Χριστός (« oint »), traduction de l’hébreu messie (« oint »), et par extension « personne consacrée par une onction de Dieu ». Ainsi Pilate reconnaît la véritable identité de Jésus.
Par jalousie : Pilate comprend que les chefs religieux juifs essaient d’utiliser le pouvoir romain pour éliminer un rival (Jésus).
Un juste : celui qui agit conformément à la Loi de Dieu et reste fidèle à sa volonté, mais, à proprement parler, le Juste, c’est Dieu lui-même. Un juste est un cœur ajusté au cœur de Dieu.
Qu’il soit crucifié : L’appel Qu’il soit crucifié est extraordinaire sur les lèvres d’une foule juive, car la crucifixion était une punition romaine, odieuse à la plupart des Juifs. La crucifixion était une peine romaine réservée aux esclaves et aux grands brigands, aux pirates, parfois aux prisonniers de guerre et aux condamnés pour motifs politiques mais non pas à de simples voleurs. Le crucifiement romain était considéré comme la peine suprême, principalement réservée aux esclaves et aux rebelles. Les citoyens romains avaient droit, quant à eux, à la peine honorable de la décapitation ; il leur était même accordé le droit de se suicider, et de voir ainsi leurs dispositions testamentaires respectées. Les affranchis, en revanche, perdaient leur statut du fait de leur crime, redevenaient esclaves et, partant, subissaient le même sort que ceux-ci. voir
Son sang, sur nous : cette formule (littéralement dans le texte grec : « son sang, sur nous et sur nos enfants ») se retrouve par ailleurs dans l’Ancien Testament, elle signifie : « nous assumons la responsabilité de cette condamnation à mort », pour nous et nos descendants.

Questions :

Quelle est la différence en le roi Hérode et le roi des juifs ?
Quelle est l’attitude de Hérode et des grands prêtres et les anciens ? différences et ressemblance.
Pourquoi Jésus est-il condamné ? Est-ce clair ?

Commentaire :

Devant Pilate, les chefs des prêtres et les anciens du peuple ne changent pas de stratégie : Ils tiennent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort (27, 1). Le silence de Jésus pousse Pilate à intervenir en sa faveur. Sa femme l’avertit : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste » (v. 19). Ainsi Pilate est amené non seulement à reconnaître Jésus comme Roi (Jn 18,39), mais aussi comme un juste. Finalement Pilate s’en lave les mains et déclare : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » (v. 24). Et le peuple de répondre : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » (v. 25). Cette répartie qu’on ne trouve que chez Matthieu risque d’être mal interprétée. Ce n’est pas une auto-malédiction du peuple juif ; c’est une formule légale prenant la responsabilité d’un homme jugé criminel. Matthieu sait ce que le peuple ignore : Jésus est innocent ; et selon lui la responsabilité (la conséquence) de la mort de ce juste est retombée plus tard, sur tout le peuple quand les Romains ont détruit Jérusalem et le Temple.