A8. Le massacre des innocents / Nouveau-Testament
Mt 2,16-18
16 Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages.
17 Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie :
18 Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus. (Jr 31,15)
Vocabulaire :
Bethléem : la maison du pain de l’hébreu « beth » = la maison et « lehem » = pain.
Hérode : « héroïque » en grec.
Jérémie : « celui que l’éternel a désigné « . Le prophète majeur, fils de Hilkija de la famille de sacrificateurs d’Anathoth; auteur du livre prophétique portant son nom.
Rachel : (hébreu רָחֵל (raḥel) : brebis) Elle est la cousine et la seconde femme de Jacob. Elle est également la fille de Laban et la sœur de Léa.
Rama : Ce nom signifie hauteur ; d’où vient qu’il y a tant de lieux dans la Palestine où se trouve-le nom de Rama
Questions :
1° A qui de l’A.T. peux-tu comparer Hérode ? Pourquoi ?
2° Pourquoi Mt cite Jr 31,15 ?
3° Quelle est l’origine de la fureur d’Hérode ?
Commentaire :
La violence au berceau ! Abomination ! L’épisode se trouve en Matthieu 2, 16-18. Même si ce massacre n’est pas certain historiquement, la folie paranoïaque d’Hérode est, elle, incontestable. Ce genre de projet lui ressemble, lui qui fit assassiner son épouse et plusieurs de ses enfants. Le passage est inséré au coeur de l’épisode de Jésus en fuite avec ses parents en Égypte. Il rejoint ainsi l’événement fondateur du Peuple élu : le massacre orchestré par Pharaon (Exode 1-2). La clé du récit est là. L’enfant Jésus échappe à la mort, comme le fut l’enfant Moïse sauvé par Dieu en vue de sa mission.
Jésus, dès ses premiers instants de vie, revit l’histoire du Salut du Peuple. Jésus est bien le Seigneur qui accompagne le Peuple, de la violence de l’Exode jusqu’à la violence de la Passion. Le massacre des innocents annonce ainsi le massacre de l’Innocent, dont le don sauvera définitivement le Peuple. Jésus, le nouveau Moïse, accomplit ainsi les Écritures. En citant Jérémie 31,15, Matthieu fait allusion à d’autres événements douloureux et violents vécus par le Peuple de Dieu. Rachel, la « mère » des tribus du nord d’Israël, pleure ses fils et ses filles déportés par les Assyriens. C’est de Rama (l’un des lieux probables, avec Bethléem, du site de la tombe de Rachel) que les tribus du Sud partirent pour Babylone lors de l’Exil (Jérémie 40, 1). Des premiers moments de l’histoire d’Israël jusqu’à la naissance du Messie, la violence frappe. Dieu est innocent de ces carnages, il se met toujours du côté des violentés, solidaires de ceux qui souffrent et leur offrant le Salut. Jésus annonce ce Dieu-là, bien plus, il est ce Dieu-là !
L’image de Rachel pleurant la mort de ses enfants est utilisée par Matthieu lorsqu’il raconte l’infanticide à Bethléem (2,16-18). Il emprunte cette idée du livre de Jérémie qui utilise aussi cette image dans un contexte différent. À cause de ces deux textes, Rachel est devenue un symbole fort d’une mère qui refuse d’être consolée devant la mort de ses enfants. On l’évoque encore aujourd’hui lorsqu’il est question de la souffrance injuste d’innocents.
Le livre de la Genèse raconte quelques récits autour du personnage de Rachel. Un élément important est que sa vie se termine dans les larmes d’un accouchement difficile sur le bord de la route d’Ephrata/Bethléem (Gn 35,19). Contrairement à ce qui est dit en Matthieu et en Jérémie, Rachel ne pleure pas la mort de ses enfants puisqu’elle meurt avant eux.