B10 – Baptême de Jésus / Icônes

L’Icône du Bapteme du Christ

Composition

Cette icône  dépeint le baptême au moment où l’Esprit se manifeste.

Elle se compose de trois grands axes.

A gauche un axe terrestre avec Jean Baptiste, et derrière lui l’arbre (symbolisant le Peuple de Dieu) dont jaillit le « rameau de Jessée » et dont les parties mortes sont vouées à la chute.

Au centre dans les eaux de la régénération de l’Alliance, le monde céleste, L’Esprit Saint, manifestation du Pere, et le Christ bénissant.

A droite un groupe d’anges les mains voilées en signe de respect pour confirmer le caractère sacré de l’évenement.
En arrière plan les rochers et une grotte préfigurant le Tombeau.

 

Histoire de l’Icône de LA THEOPHANIE


Théophanie veut dire « manifestation divine »

Mt 3,13-17 ; Mc 1,9-11 ; Lc 3,21-22 .

Il est étonnant qu’un événement aussi important ne prenne que quelques lignes dans le nouveau testament. En effet, la préparation de l’événement  et la prédication de JB aux foules prennent une place beaucoup plus importante :(Mt 3,1-12 ; Mc 1,4-8 ; Lc 3,1-20 ).

On est frappé par le mouvement des masses populaires qui viennent se faire baptiser , y compris l’élite spirituelle d’Israël , les Pharisiens envers lesquels Jean-Baptiste est terriblement violent .
Au milieu de cette agitation, deux moments clés : le baptême du Christ

 La manifestation de la Sainte  Trinité

Cette icône était une des plus importantes au début du christianisme parce qu’elle est pour le chrétien une image de son propre baptême : Jésus nous ouvre le chemin à travers les eaux dans lesquelles nous devrons plonger pour en ressortir vivants, vrais fils de Dieu animés par l’Esprit.

L’icône ne cherche pas à fixer un moment historique : il s’agit d’une lecture spirituelle de l’événement qui met en relief trois aspects essentiels de la spiritualité chrétienne :
-la divino-humanité du Christ
-la Sainte Trinité
-la création nouvelle

Elle nous rappelle que, dans le Christ, le ciel est ouvert : la relation entre Dieu et l’homme est rétablie. L’homme n’est pas seulement une créature, une relation de cause à effet, mais un fils, une relation aimante et filiale.

Par son mouvement de descente et de remonté, cette icône de la théophanie annonce la descente aux enfers et la Résurrection, déjà visible dans l’icône de l’Annonciation (mouvement de l’ange).
Comme lors de la Nativité et de la Résurrection, les anges assistent interdits à la scène, les mains voilées en signe de soumission et de respect, le corps incurvé devant le maître du ciel et de la terre.

Ils sont les témoins célestes, cosmiques : dans le baptême de Jésus, c’est toute la Création qui est renouvelée!
La présence des anges signifie que la relation est rétablie entre Dieu et l’homme, entre le Ciel et la Terre , avec les plans « intermédiaires de l’Etre ».

Ils figurent toutes les puissances célestes.
Il y a un arbre avec une cognée sur l’icône. L’arbre est l’arbre de vie, nourri de la sève divine qui est figurée par les trais d’or qui courent le long du tronc .

Sur certaines icônes, cet arbre possède un côté désséché et un côté qui porte du fruit.
 Il y a une cognée à la racine de l’arbre, en référence à  Mt 3,10 :« Déjà la hache est prête à attaquer la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu ».
St Cyrille de Jérusalem (+387) nous dit :« L’eau est à l’origine du monde , le Jourdain à celle des évangiles ».

La purification par l’eau est une donnée à la fois cultuelle et culturelle, et il est normal que Jésus s’y soumette.
Gn 1,2 : »le souffle de Dieu planait à la surface des eaux ».

Au début de la Création les eaux contiennent de manière chaotique la matière dont est formé l’univers. Depuis la chute de l’homme elles donnent fertilité et vie mais peuvent aussi devenir déluge !

La Création tout entière à été condamnée à souffrir les douleurs de l’enfantement à cause de la chute de l’homme. Cette création déchue et dé-sacralisée ne pouvait être ré-intégrée que par une nouvelle effusion de l’Esprit, par le Christ restaurateur des eaux . Celles-ci sont sanctifiées et purifient l’homme en Son Nom.

Les eaux descendent depuis le haut de l’icône. On retrouve ici l’ombre de la grotte de la Nativité : il s’agit de nouveau pour la lumière de descendre dans les profondeurs de la matière. Jésus descend dans le grand fleuve de l’humanité, il plonge dans les eaux chargées de mémoire ( ces eaux et ce fleuve symbolisent l’inconscient personnel et collectif )

L’homme âgé avec une barbe et des cheveux longs est une personnification du Jourdain.Il tient une cruche et verse de l’eau : c’est le service qu’il rend dans la sanctification de l’univers, il fait couler les flots. Pour les religions païennes, les eaux sont souvent le lieu de divinités menaçantes. L’iconographie reprend simplement en la transposant, l’image d’un dieu mythologique . Par son entrée dans les eaux, le Christ exorcise les éléments au même titre que les eaux du baptême libèrent de l’emprise du malin et font du baptisé un « enfant » de Dieu.

Les eaux du Jourdain sont effrayées par la venue du Christ, elles inversent leur courant : « Les eaux te virent, ô Dieu,  les eaux te virent et furent bouleversées, les abîmes aussi s’agitaient »  Ps77 , 17

« Alleluia !
  Quand Israël sortit d’Egypte,
  La maison de Jacob, de chez un peuple barbare,
  Juda lui devint un sanctuaire,
  Et Israël, le lieu de son empire .

 La mer voit et s’enfuit,
 Le Jourdain retourne en arrière ;
 Les montagnes sautent comme des béliers
 Et les collines comme des agneaux.

  Qu’as-tu, mer, à t’enfuir,
  Jourdain à retourner en arrière,
  Et vous, montagnes, à sauter comme des béliers,
  Collines, comme des agneaux ?
 
  Tremble, terre, devant la face du Maître,
  Devant la face du Dieu de Jacob,
  Qui change le rocher en étang
  Et le caillou en source.
  Ps 114 (113 A)

 
 Jean-Baptiste est revêtu d’un manteau de philosophe pour exprimer sa dignité de prophète.
Il lève le regard vers le ciel et pose la main droite sur la tête de Jésus. La main gauche levée signifie qu’il se soumet à l’ordre de Jésus de le baptiser.

L’effroi de Jean-Baptiste qui doit baptiser Jésus, c’est  la peur de la créature au contact de son créateur.
Jean-Baptiste se trouve dans le même trouble que Marie au moment de l’annonciation, qui demande à l’ange Gabriel « comment cela se fera-t-il ? » … Il hésite. Mais, comme Marie, il fait ce geste de la main vers le ciel, geste d’accueil de la volonté de Dieu.

Dans les deux cas, l’incroyable se réalise grâce à l’obéissance au pouvoir divin.
Précurseur et disciple à la fois, Jean-Baptiste identifie Jésus dès qu’il l’aperçoit : »Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde… »(Jn 1,29-34)

Son témoignage de la divinité de Jésus et du salut qu’il apporte aux hommes se double d’un témoignage rendu à la lumière et à l’Esprit : « J’ai vu l’Esprit tel une colombe descendre du ciel et demeurer sur lui »(Jn 1,32)
« Pour moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi : je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » Mt 3,11
 

Jésus est le jeune homme nu debout dans les eaux au centre de l’icône.
Par lui passe un axe vertical qui part du haut de l’icône et qui comprend la mandorle de gloire du Père et la colombe de l’Esprit Saint.
Tout s’ordonne autour de Lui : le Jourdain
   Les montagnes
   Les différents acteurs de la scène, Jean-Baptiste et les anges.
 

Jésus concentre toute l’attention des spectateurs :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir ». Mt 3,17
 » en qui j’ai mis toute ma complaisance »
 » en qui j’ai mis mon dessein bienveillant »= texte grec

Cette parole du Père exprime sa volonté de donner à l’humanité le Sauveur.

Le dessein bienveillant est la volonté de Dieu depuis l’éternité d’introduire les hommes dans sa paternité.
« Nous avons été adoptés en Jésus-Christ, élus en Lui avant la fondation du monde » Eph 1,4

Dieu est amour et la Bonté ne peut se résigner au mal. Ainsi son Fils doit épouser une humanité devenue ténèbres, il doit devenir l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

Cette proclamation du Père et la manifestation de l’Esprit sous la forme d’une colombe (Mt 3,16) révèlent la divinité de Jésus à la face du monde.

Dieu se manifeste dans cet homme qui, en tout, se comporte comme un homme au point de demander à Jean-Baptiste un baptême de purification. Sa généalogie comporte  des rois, des sages et des saints, mais aussi des violeurs et des prostituées. Il assume son héritage, celui de l’humanité, il plonge dans les eaux chargées de mémoire. Quand Jean-Baptiste refuse de le baptiser, Jésus lui répond : « Laisse faire maintenant : c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. » Mt 3,15
A travers cette icône, nous sommes invités à plonger dans nos profondeurs  et à ouvrir notre intelligence à la lumière afin que le Souffle de vie rétablisse le lien avec « Celui qui Est » au plus haut et au plus profond, et que nous retrouvions ainsi notre stature de fils, d’être humain, à l’image et à la ressemblance de Dieu

« Comme tout le peuple se faisait baptiser, Jésus se fit aussi baptiser »Lc 3,21
Jésus pénètre dans les eaux du Jourdain et en ressort après l’effusion de l’Esprit, anticipant sa descente aux Enfers et sa remontée dans la gloire. Il a voulu se faire baptiser par Jean-Baptiste, sa créature pour montrer qu’il n’est pas venu pour être servi mais pour servir.

« Conçu du St Esprit «  (Mt 1,21 ;Lc1,35), Jésus est non seulement rempli de l’Esprit mais reçoit même adoration et même gloire.

Jésus est celui qui reçoit l’onction, le Père celui d’où vient l’onction, (symbolisée dans l’icône par la « nuée » d’où sortent les rayons), l’Esprit est l’onction elle-même, le souffle et l’huile sainte qui rendront homme qu’Il Est ».
Le Christ entame sa vie publique révélé aux hommes par le Père et habité par l’Esprit. L‘œuvre du Christ venu libérer l’humanité captive ne commence pas par un acte extraordinaire, mais par son insertion dans le vécu humain. Il assume ainsi le péché de l’homme et se soumet à la loi. Plus tard il dira : « N’allez pas croire que je sois venu abroger la loi, mais l’accomplir ». Mt 5,17
 

Sur les représentations occidentales et sur certaines icônes, on voit habituellement une colombe descendant sur le Christ, dans un rayon de lumière qui s’échappe d’une demi-sphère, en trois cercles concentriques d’un ton bleu-vert, symbole de la divinité en trois personnes ..

« O abîme de richesse, de la sagesse et de la science de Dieu !
que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles !(…)
Car tout est de lui et par Lui et pour Lui, à Lui soit la gloire éternellement ! »
Rm 11,33

« Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaÏtre. »
Jn 1,18

Personne n’a jamais vu Dieu : on le sent comme, on l’entend comme à la Pentecôte … Notre Dieu est un Dieu qui nous parle. Nous l’avons entendu nous désigner Jésus comme son Fils bien-aimé, celui qu’Il a choisi.
La demi-sphère est la gloire du Père d’où s’écoule un rayon qu’on ne peut arrêter.

Jean-Baptiste vit «  l’Esprit de Dieu descendre sur Lui (Jésus) comme une colombe » Mt 3
Il est bon de nous rappeler qu’il n’a jamais été écrit que l’Esprit Saint « était » une colombe : le texte le précise bien « comme une colombe ».

Aussi les iconographes ne représenteront-ils pas toujours la colombe sur la tête du Christ, préférant figurer des rayons de lumière qui indiquent la descente du Souffle sur Jésus et en Lui.

Le ciel est ouvert et l’Esprit, tel une colombe fait le lien entre le haut et le bas, le crée et l’incréé.

C’est ici, au Jourdain, pendant le baptême du Christ, que Dieu révèle le mystère de son Etre pour la première fois : c’est la seule manifestation du Dieu Trinitaire dans les écritures.

Ce mystère trinitaire ne concerne pas seulement le monde divin, mais il éclaire notre propre réalité et d’abord celle de notre monde : c’est toute la création qui est prise de joie et d’effroi. De joie car les êtres se sentent touchés dans leurs corps par le Verbe incarné , d’effroi car ils saisissent leur indignité et leurs liens avec les forces des ténèbres .

« Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu . » Jn3,5

Iconostase de l’église orthodoxe de St Jean Chrisosthome, Bucarest, Roumanie.

La scène représentée à la coupole du baptistère des ariens (5e s.) montre le baptême du christ entouré du cortège des douze apôtres. Ils sont conduits par St Pierre et St Paul et s’avancent vers un trône surmonté d’une croix (symbole de la souveraineté du christ) : à gauche, St Paul (tenant un parchemin roulé) et à droite, St Pierre (les clefs en mains).
Tous les apôtres sont séparés par un palmier (symbole de la victoire des martyrs et du paradis) et se détachent sur le fond or, ils portent tous à la main une couronne incrustée de pierres précieuses.
Au centre, le christ à moitié immergé dans les eaux du Jourdain. A sa droite, Jean le Baptiste accomplit le rite du baptême en posant la main droite sur la tête de Jésus surmontée de la colombe du St-Esprit. Le fleuve est personnifié par un vieillard assis près d’une vasque d’eau d’où sort l’eau du Jourdain. Le vieillard tient à la main une branche de roseau, et deux pinces d’écrevisse sont posées sur sa tête.