D23.3 – Guérison de l’aveugle de naissance / Bible Nouveau-Testament
Jn 9,1…41 :
1 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance.
2 Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » 3 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. 4 Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. 5 Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
6 Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, 7 et lui dit :
« Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait…
13 On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
14 Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
15 À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »
16 Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
17 Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » …
24 Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
25 Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »
26 Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
27 Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » …
Et ils le jetèrent dehors.
35 Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
36 Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
37 Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
38 Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.
39 Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
40 Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure.
Vocabulaire :
- De la boue avec la salive : Dans l’Antiquité, on croyait à la vertu curative de la salive. L’auteur biblique se réfère au récit de la création (Genèse 2, 7), où Dieu prend du limon de la terre et en modèle l’homme. Jésus remodèle l’aveugle blessé dans son être.
- Siloé : L’étymologie du mot signifie : « envoyé ». L’eau qui guérit est associée ici directement à Jésus.
- Le rejet de la synagogue : Le récit rend compte ici des difficultés des premières communautés chrétiennes; en fait, il s’agit du moment où les disciples de Jésus, après sa mort, ne pourront plus fréquenter le lieu de prière des Juifs.
- Je suis venu… pour que ceux qui voient deviennent aveugles. Un bibliste traduit ainsi cette sentence : « pour que ceux qui voient prennent conscience de leur aveuglement ». L’apparition de la lumière a la possibilité de chasser une fausse lumière (on croit voir), et de constater les ténèbres qui obscurcissent le cœur.
Questions :
Quels sont les liens supposés entre péché et handicap (aveugle) pourquoi ?
En quoi Jésus par la guérison et son discours change la manière de comprendre la maladie, l’handicap, le péché ?
Quelles sont les différences entre péchés et maladie / handicap ?
Commentaire :
Bien que la cécité ait aussi un sens spirituel, on ne peut pas dire qu’elle soit une maladie psychosomatique. Pourtant Jésus guérit plusieurs aveugles : celui de Bethsaïde (Mc 8,22-26), de Jéricho (Mc 10,46-52), deux aveugles anonymes (Mt 9,27-31) et l’aveugle-né (Jn 9,1-41). Issus, en général, de milieux paysans de Galilée, les malades guéris par Jésus sont souvent des gens qui ne peuvent pas se payer de médecins. Ils sont défavorisés économiquement, socialement et religieusement. Leur guérison leur permet d’être pleinement réintégrés dans la communauté. Mais, dans les Évangiles, les guérisons ne sont pas là pour nous renseigner sur le malade, mais bien plutôt pour nous parler de Jésus.
La rencontre de Jésus permet à l’aveugle de naissance d’accéder non seulement à la guérison corporelle, mais aussi à celle du cœur : Jésus lui offre un avenir d’une profondeur inestimable et inépuisable. Tel est aussi le don que tout baptisé reçoit du Fils, celui d’être fils et fille du Père. De jour en jour, dans un cheminement persévérant, le baptisé est remodelé à l’image du Christ; le Ressuscité le recrée, l’illumine, lui ouvre un chemin au cœur des ténèbres. Devant une telle grâce reçue, il va de soi d’être reconnaissant en vivant d’une façon conséquente.
L’aveuglement de l’esprit
Être aveugle de naissance est une lourde épreuve, mais l’aveuglement de l’esprit est un malheur plus grand. Le récit de Jean consacre peu d’espace au miracle pour mieux mettre en exergue Jésus, le donateur, et l’aveugle-né, devenu témoin du don reçu. D’autre part, l’évangéliste souligne la nuit qui enveloppe la famille, les disciples et le peuple, ainsi que les ténèbres dans lesquelles s’enfoncent les pharisiens. Des chapitres sept à dix de l’Évangile selon Jean, une division s’installe vraiment chez les gens, autour des actes et des paroles de Jésus.
Au départ, l’évangéliste fait état de cette croyance que si l’homme est infirme, cela tient aux péchés de ses parents ou aux siens dont il aurait subi par avance le châtiment. Puis, les voisins doutent, et, lorsque les pharisiens entrent en scène, ils s’enfoncent dans les ténèbres de l’envie et du mensonge, du scepticisme et de la contradiction. Les discussions se multiplient et culminent dans une violence certaine; on fait un procès, non pas tant à l’aveugle, mais à Jésus lui-même. Jésus serait semblable à un possédé, puisqu’il ne respecte pas le sabbat et chasse le mal par le mal. L’effort des opposants va s’intensifier pour envelopper dans la nuit l’aveugle guéri.
Voilà quel chemin de ténèbres les pharisiens empruntent avec leur prétendu savoir et leur endurcissement à ne s’en tenir qu’à leur manière de voir! Par leur refus, — le péché le plus grave est celui du refus de croire —, n’illustrent-ils pas la deuxième partie de l’affirmation de Jésus : Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles? (v. 39).
La découverte de Jésus
Au départ, l’aveugle ne connaît pas Jésus et ne sait pas d’où il est (v. 11). Puis, à ses proches, il leur dit que le guérisseur s’appelle Jésus. Après les objections des uns et des autres quant à l’identité de Jésus il proclame que son bienfaiteur est un prophète (v. 17). Par la suite, il affirme que Jésus est l’Envoyé de Dieu : Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire (v. 33). Plus tard, il confesse, en se prosternant devant Jésus, qu’il est le Fils de l’homme et il l’appelle Seigneur (vv. 36-38). Toutes les rencontres éprouvantes sont des moments où sa parole s’affermit, où ses témoignages se succèdent de plus en plus décisifs.
Le baptisé vit dans la lumière du Christ
Le cheminement dans la foi, vers la lumière du Christ, vécu par l’aveugle de naissance, symbolise l’itinéraire spirituel de tout baptisé. À quelle profondeur insoupçonnée le baptisé est-il appelé! Toute sa vie de foi et de confiance d’ailleurs ne constitue-t-elle pas une initiation catéchuménale toujours à poursuivre?
À l’origine, le don de Dieu est offert gratuitement. Tout comme Dieu, à la création, modèle le visage de l’homme, Jésus ouvre les yeux de l’aveugle à deux reprises. Cette re-création s’opère pour nous dans la grâce baptismale, opérante dans tous les moments de notre vie, qu’ils soient joyeux ou rudes et douloureux. Le Seigneur ressuscité ne cesse de nous remodeler à son image, par l’Esprit qui nous investit d’une mission de témoignage. Aujourd’hui comme hier, celui-ci se vit parfois en douceur et parfois dans l’incompréhension et le rire des sceptiques.
La dimension éthique du baptême appelle le témoignage. L’auteur de la Lettre aux Éphésiens trace les contours de cette vie vécue dans la lumière du Christ, en invitant chacun à rechercher la bonté, la justice et la vérité (v. 9). Il dit : Autrefois, vous n’étiez que ténèbres; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière… (v. 8).